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Le Pape et la prévention du SIDA. La parole qu'on aimerait entendre PDF Print E-mail
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Saturday, 04 April 2009

Voici un texte publié en décembre 1992, déjà, dans la revue "Choisir" mais qui garde toute son actualité (Réd.)

Les déclarations du Pape au sujet de la sexualité sont mal reçues par l'opinion publique. Le langage, voire les idées sont ressenties comme en totale contradiction avec les réalités que vivent les hommes et les femmes d'aujourd'hui. Nombreux sont celles et ceux qui pensent que le fléau du Sida n'est pas pris au sérieux par le Pape à cause de son refus de changer de discours apropos de la contraception en general et du préservatif en particulier.


II est essentiel que le Pape, s'il veut parler du drame du Sida, affirme bien haut que la plus sûre garantie contre le danger d'une contamination est la fidélité et le refus de la drogue.

Les pouvoirs publics, qui ne cessent de mettre en garde la population, et surtout les jeunes, contre ce danger, n'ont pas le courage de mettre cette vérité élémentaire en tête de liste des moyens de prévention. Ce faisant, ils agissent dans le sens opposé au but qu'ils recherchent, car ils renforcent l'opinion erronée, pourtant commune, que la liberté sexuelle est une chose qui va de soi.

Il y a l'idéal, sans cesse à proposer, et la réalité des faits. Or la réalité, c'est que, dans tous les milieux et dans tous les lieux du monde, la liberté sexuelle est en vigueur. Il y a ceux qui ne veulent pas y renoncer et ceux qui ne le peuvent, es contraintes sociales et économiques, la misère des grandes villes du tiers-monde, ajoutées a I'absence d'éducation et de motivations profondes, exerçant une pression a laquelle a majorité des jeunes ne peuvent résister.


La loi humaine et les hommes

Le moraliste peut-il se contenter de condamner les uns et es autres au nom de la norme qu'est la fidélité? Acceptant, sans l'approuver, la réalité des faits, n'a-t-il pas le devoir de dire a tous les exigences morales qui s'imposent a eux, dans la situation qu'ils ont choisie ou qu'ils ont été contraints de prendre?

S'adressant a tous les hommes, et non pas seulement aux catholiques, le Pape devrait tenir compte de la sage règle donnée par saint Thomas: «La loi humaine s'adresse à l'ensemble des hommes, qui, pour la plupart, ne sont pas avancés en vertu. Voilà pourquoi la loi humaine ne prohibe pas tous les vices dont les vertueux s'abstiennent, mais seulement les plus graves, dont il est possible à la majeure partie de s'abstenir, et surtout ceux qui tournent au détriment d'autrui, sans la prohibition desquels la société humaine ne saurait se maintenir; c'est ainsi que sont défendus par la loi humaine les homicides, les vols et autres crimes semblables.» (Somme Théologique, I-IIae, q, 96, a. 2)


Un devoir moral

En s'inspirant de cette règle, c'est-à-dire en tenant compte du fait qu'un grand nombre de personnes ne pourront s'abstenir de relations sexuelles avec des partenaires multiples et provisoires, ne faut-il pas leur dire qu c'est pour elles un devoir moral de prendre des moyens de préservation afin de ne pas risquer d'être contaminé ou de contaminer le ou la partenaire?

La première parole du Pape, présentant la fidélité comme la plus sûre garantie, ne deviendrait-elle pas alors infiniment plus crédible aussi bien à l'opinion qu'aux pouvoirs publics?

Il faut reconnaître l'existence d'un conflit entre le devoir moral de ne pas contaminer le partenaire et la condamnation générale - trop générale? - par le magistère de l'usage des préservatifs. La règle du moindre mal ne doit-elle pas s'appliquer ici, à partir du moment où l'on accepte la réalité des faits?

Accepter cette réalité ne signifie pas l'approuver, mais tenir compte de la faiblesse humaine et d'en tirer les conséquences afin d'éviter le pire. Supplier les preneurs d'otages de respecter l'intégrité de leurs victimes ne signifie pas qu'on approuve pour autant la prise d'otages. Le Pape ne devrait-il pas supplier également les hommes, les femmes qui prônent ou vivent la liberté sexuelle de respecter leur partenaire, afin qu'un acte, dont la première signification est de donner la vie - et Dieu sait si l'Eglise a insisté sur ce point, et parfois d'une manière trop exclusive - ne devienne pas un acte donneur de mort.

Jean de la Croix Kaelin

 
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