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Wednesday, 24 June 2009 |
Tempête dans l’Église Mc 4, 35-41
Tout ce jour-là, la marée humaine avait déferlé. Les disciples de Jésus craignaient même pour leur maître pris dans ce bain de foule. Il passe donc avec eux sur l'autre rive. Sur la barque, il s'endort... Une tempête se lève, soudaine et violente comme il arrive sur ce lac de Génésareth. Panique à bord ! Les hommes de la pêche ont peur de la mer ; Jésus dort. Pourquoi ne fait-il rien, lui si prompt à tout pour les foules ? Dès qu’on l’éveille, il commande au vent avec vivacité et menace la mer avec fermeté. Et quand tout redevient calme, il s’étonne de la peur des disciples. Leurs yeux s’écarquillent et les nôtres peut-être : qui est ce Jésus, Maître des foules et des flots ? Communauté chrétienne ici à Zurich, comment entrons-nous dans ce récit ? Nous croyons savoir qui est ce Jésus. Peut-être croyons-nous aussi qu’il dort à l’arrière, dans le tabernacle ou dans le séjour de sa divinité tandis que nous voguons sur l’océan : le temps d’une traversée nocturne, il nous laisse seuls à nos peurs dans un environnement à tout le moins indifférent. De fait, en ce début du vingt-et-unième siècle, notre environnement nous bouscule. Quelle audience rencontre la Barque-Église, au-delà des reproches sur ses jugements moraux qu’une opinion publique taxe d’envahissants sinon d’inconvenants ? Les medias ont répercuté vivement, durant une bonne partie de la saison qui s’achève, certaines défaillances de sa gouvernance : collégialité des évêques, informations concrètes, gestion de la dissidence d’une fraternité Saint Pie X, inattention aux départs silencieux d'une partie des pratiquants. Ne s’agit-il là que du vieux conflit Église-Monde ? Un philosophe et académicien français tire une première conclusion ; je le cite : « Le conflit avec le monde ne doit s'envisager et ne peut se justifier que si le monde nous reproche notre sainteté, ou plutôt la trace en nous de celle du Christ. Il ne doit surtout pas devenir, au contraire, le voile trop commode des fautes ou défauts des catholiques. Sans aucun doute, si cela résulte d'une différence faite au nom du Christ et de sa sainteté. les chrétiens et les catholiques en particulier doivent mériter, par leur réforme constante et leur visible inspiration, de ressembler assez au Christ pour subir des épreuves en son nom. » Il poursuit en précisant : « Ce qui signifie qu'ils ne doivent pas faire scandale par des paroles à l'envers, des crispations identitaires, des non-dits confortables, mais faire scandale comme le Christ faisait scandale, [par l’amour de l’ennemi] » (Jean-Luc Marion, LA CROIX 6 avril 2009). Nous voguons, de nuit, sur un océan tourmenté, et non seulement dans le domaine religieux. Aux disciples qui murmuraient : « Cela t’est bien égal que nous versions dans les flots ? », Jésus répondit d’abord par ses actes, puis ces paroles : « N’avez-vous pas encore la foi ? » Il nous adresse vraisemblablement la même question. Comme les disciples, nous nous imaginons seuls responsables alors que le Vivant n’attend que notre appel pour neutraliser le vent et la tempête de nos angoisses et de nos soucis, familiaux, pastoraux ou sociaux Le conflit avec le monde ne peut se justifier que si le monde nous reproche la trace en nous de la sainteté du Christ (Jean-Luc Marion). Qu’est cette trace ? La foi vivante en la Bonne Nouvelle : par elle, le Dieu que nous cherchons et aimons est notre vie. Il a donné et donne sa vie pour nous. Son don, la croix, n’a pas un goût d’échec ou de passé révolu ; en elle s’inaugure un retournement de la vie. Jésus du côté des faibles et choisissant la dernière place, à première vue c’est un scandale. L'Église est là pour que nous le suivions sur cette voie. Aimer l’Église, ce n’est pas justifier nos déficiences : au nom du crucifié-ressuscité, c’est nous remettre à l’œuvre ensemble, partageant nos fragilités et nos forces, refusant la fatalité par passion pour ce monde où le Dieu de Jésus-Christ veille. Nous ne justifions pas nos défaillances ; ni ne désertons un compagnonnage d'humanité. Qu’est ce compagnonnage ? Autour de la croix, à côté de Marie, Jean, Nicodème et Joseph d’Arimathie, il y avait les larrons, le centurion romain, une femme qui auparavant avait paru peu fréquentables, pas du très beau monde pour la culture du temps : c’est avec eux que nous sommes en route. Privilégier malades, publicains, pécheurs, prostituées, réfugiés aujourd’hui, gens en dépression, comme l’invite l’Évangile, ce n’est pas cultiver l’excellence et la performance, du moins pas celle qu’imagine notre culture. Mais sans ce compagnonnage, comment annoncer un Évangile de bonté pour chacun/chacune, dans les nuits et les aurores de sa vie ? La croix nous expose donc à des solidarités qui ne vont pas nécessairement dans le vent de l’opinion publique. En ce temps-ci, il faudrait demander à ceux qui font le procès de l’Église s’ils ne devraient pas d’abord, avant de la juger, essayer de comprendre et d’aimer ce qui l’anime profondément ? Prêtre, j’ai souvent puisé de l’espérance dans le miracle des mains vides dont parle le curé de campagne de Bernanos : Pour ce curé, les mains vides, c’étaient ses évidentes pauvretés reconnues et non masquées. Mais précisément, son humilité ne faisait plus écran au don de l’Esprit de Jésus-Christ. Ce miracle, la Bible l’actualise à tant de reprises : Il (Dieu) avait besoin d'un chef pour conduire son peuple. Il choisit un vieillard. Alors Abraham se leva Il avait besoin d'un roc pour l'édifice. Il choisit un renégat. Alors Pierre se leva. Il avait besoin d'un visage pour dire aux homme son amour. Il choisit une prostituée. Ce fut Marie de Magdala. Il avait besoin d'un témoin pour crier son message. Il choisit un persécuteur. Ce fut Paul de Tarse. Il a toujours besoin d'un homme pour que son peuple se rassemble. Il t'a choisi, et si tu trembles, pourras-tu ne pas te lever ? (écrivait un prêtre il y a une vingtaine d’années). Je dors, mais mon cœur veille : c’est tout Jésus ! Dans la barque-Eglise, nous avons la garantie qu’il veille : il nous rejoint aujourd’hui avec la même discrétion et la même force que jadis sur la mer de Galilée : pain de vie, vin du Royaume éternel. Que notre petite foi ne nous empêche pas de participer au repas qu’il nous offre. Fr Bernard Bonvin Mission Française Zurich, 20-21 juin 2009 |
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