 Saint Dominique, itinérant - céramique de Cazis (Suisse) De Saint Dominique, on raconte que lors de ces longs voyages il se séparait par moment de ses compagnons en leur disant : « Il est écrit dans le prophète Osée : « Je conduirai mon épouse au désert et lui parlerai au cœur. » (Os 2, 14). L'itinérance est donc bien intérieure et extérieure ; et un grand mystique de nos jours, Dag Hammerskjöld l'expri-mait ainsi : « Le voyage le plus long est le voyage vers l'intérieur. » Nous trouvons la même pensée dans cette méditation :
« Curieusement, la femme évangélique est une itinérante. On la surprend rare-ment chez elle, maîtresse de maison. Plus souvent, les femmes sont sur les routes, surgissant brusquement et vite disparues. Les Évangiles eux-mêmes sont des récits de vagabondage. Routes, étapes, villes, rencontres. Jésus est un voyageur. Dès sa naissan-ce, il court. Il vient au monde au hasard d'un déplacement, et il n'est pas né que déjà en fuite. Sa vie n'est qu'une tournée de prédications. Sa mort accuse la même mobilité que sa naissance. Il ne reste pas au tombeau, et, ressuscité, charge les fem-mes d'aller dire qu'il court encore, en Galilée. On le voit partout, poussant l'art du voyage jusqu'à ignorer portes et cloisons. Il est le fils d'un Dieu qui est partout. »
« En faisant voyager le Christ, l'Évangile met l'accent sur le caractère hasardeux de la vie, sur l'importance des événements qui prévalent sur la fixité qu'assignent à l'existence les conventions humaines ou les pesanteurs de l'histoire. L'Évangile célèbre, dans le mouvement, la grâce : elle est une aventure, non une norme. Elle surgit à l'improviste. La vérité se révèle dans le bris des apparences, au tournant d'une route, sur le vif d'un étonnement. La vérité n'est pas ce qu'on la croyait être : « On vous a appris que ... et moi je vous dis que ... » (cf. Mt 5, 21-48).
France Quéré (+ 1995), théologienne protestante |